Le MRJC Bretagne a mis en place depuis un an et demi un lieu d’accueil et de ressources pour les porteurs de projets agricoles sur le pays de Vannes. Discussion avec Gwenollé Le Galloudec, permanent qui anime la Marmite.
> Comment est née l’idée du café installation ?
Il y a plusieurs origines. On s’est d’abord inspiré des cafés installations organisés par la FDCivam d’Ille et Vilaine, qui ont lieu tous les 3 mois à l’échelle départementale. En 2006 nous avons également accueilli une rencontre inter régionale agricole, avec des visites, des témoignages de paysans installés. Ca nous a paru intéressant et on a eu envie de continuer avec les porteurs de projet. On a donc mis en place des rencontres régulières en invitant les jeunes qui s’intéressent à l’agriculture et ont un projet plus ou moins avancé. Ces rendez-vous ont lieu soit au siège de la Marmite, soit chez un porteur de projet, une fois par mois, en général le premier vendredi. Notre réseau est restreint au pays de Vannes, ça permet de conserver une certaine proximité : les gens se croisent au quotidien, certains bossent ensemble, parfois ils sont devenus copains. Mais on arrive quand même à avoir à chaque fois 15 à 20 participants, qui ne sont pas toujours les mêmes.
> Quels ont été les sujets abordés jusqu’à présent ?
On a parlé de la commercialisation, car beaucoup sont sur des projets de vente directe sur les marchés et n’en mesuraient pas vraiment les contraintes. Un café a eu lieu sur la thématique de l’accès au foncier avec une intervention de Terres de Liens ; un autre sur le financement des projets avec l’ADIE et la Nef. Nous avons également organisé une rencontre sur la construction des projets d’installation avec une conseillère de la Chambre d’agriculture présente sur le secteur. Accueil Paysan est également venu sur la question de l’accueil en rural. Mais il n’y a pas forcément un intervenant à chaque fois : on se réunit parfois juste pour discuter de l’avancée des projets de chacun.
> Justement quels sont les projets qui sont menés ?
Nous accueillons tout type de public : certains ont juste une vague idée, d’autres sont déjà installés et ont besoin de confronter leur situation avec d’autres. En ce qui concerne les projets, ça va du café associatif à l’élevage laitier classique, mais nous avons énormément de projets qu’on peut qualifier d’atypiques, tournés vers la transformation et la vente directe : maraîchers, paysans-boulangers, éleveurs de porcs fermiers, producteurs de fromage de chèvre, etc… Autre caractéristique : la plupart sont sur des pratiques bio, mais ils ne sont pas tous labellisés.
L’objectif pour nous c’est d’élargir ce public, de toucher également les gens qui ont des projets dans l’artisanat. Pour le moment on a du mal a les fidéliser, car on a une étiquette très agricole. Je crois que des propositions spécifiques sont à mettre en place pour ce public là.
> Est-ce que vous arrivez à évaluer l’impact de ces cafés installation sur les personnes touchées ?
Les cafés permettent de favoriser l’intégration des porteurs de projets qui ne sont pas issus du milieu agricole et/ou du territoire de façon très rapide. Le café, c’est un lieu de rencontre qui remotive, qui fait se poser des questions sur son projet, qui parfois remet en cause le projet quand ça ne tient pas la route. C’est aussi un réseau d’entraide : les participants se donnent des coups de main, se donnent des informations par exemple pour acheter du matériel.
Cette activité reste le « fond de commerce » de la Marmite. On a démarré là-dessus. On organise aussi des visites sur une journée ou un week-end, mais quand un porteur de projet m’appelle pour la première fois, je lui propose directement de venir au café-installation.
> Pourquoi ces personnes t’appellent alors qu’il existe des organismes dont c’est le boulot ?
Ce que propose la chambre d’agriculture ne convient pas aux porteurs que je rencontre. L’accompagnement est trop personnalisé, il n’y a pas de temps de regroupement avec d’autres, ou alors c’est avec des gens qui sont sur des projets très classiques. Le nouveau parcours à l’installation (Plan de Professionnalisation Personnalisé) risque de ne rien arranger. Les porteurs de projet plutôt atypiques se sentent assez marginalisés quand ils se retrouvent avec d’autres, ils ne sont pas à l’aise pour participer à une formation collective. Avec les cafés installation, ils se retrouvent dans un cadre de confiance et avec des gens avec qui ils ont la même sensibilité.
> Mais est-ce qu’au final le café installation n’est pas une sorte de prestation de service, qui permet certes à chacun d’avancer, mais n’incite pas forcément à l’action collective, à agir sur l’agriculture ?
Certains participants jouent maintenant un rôle actif au sein de la Marmite ; ils participent à son pilotage, à son développement. Les réflexions menées actuellement sur la création d’un espace-test, les rencontres avec les élus, les partenaires, se sont avec eux. L’activité « cafés » et le reste se distinguent progressivement. Ainsi les porteurs peuvent aussi avoir un engagement collectif qui dépasse leur intérêt propre.
Par contre le lien avec le MRJC reste assez distendu : tout le monde sait que je suis permanent du MRJC mis à disposition de la Marmite ; que c’est le MRJC qui est à l’origine du projet. Mais les participants aux cafés ne vont pas aux activités proposées par le mouvement, et s’y investissent encore moins. A vrai dire c’est une limite de cette expérience, il y a un cloisonnement certain, ça tient aussi au fait que je n’ai jamais vraiment fait de proposition en ce sens. Mais certains sont aussi réticents à se rapprocher d’une organisation, surtout avec une dimension chrétienne.