Coopération de mouvements chrétiens pour l'éducation, la formation, l'emploi des jeunes cadres agriculteurs en France, afin de relever les défis de société face à la mondialisation, promouvoir un développement durable et la protection de l'environnement, favoriser la transmission d'entreprise et les projets associatifs en milieu rural pour l’agriculture.

le 21 dec 2010

Lettre Ouverte à Monsieur le Préfet d'Ille et Vilaine

Rennes, le 20 décembre 2010


Monsieur le Préfet,

Samedi 18 décembre, vers 18h30, nous étions une cinquantaine de jeunes du MRJC (Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne), réunis à l'occasion d'une formation nationale, à nous retrouver place de l'Hôtel de Ville à Rennes pour mener une action de sensibilisation auprès des habitants sur le thème de la préservation des Biens Communs. Nous avons été témoins d'une scène violente qui nous a profondément choqué et dont nous souhaitons vous faire part.

Lorsque nous arrivons sur les lieux, ce sont cinquante autres jeunes qui sont rassemblés autour d'un feu de palettes. Ces jeunes souhaitent exprimer leur désaccord face à leurs modes de vie mis en danger par la loi LOPPSI 2. L'ambiance est plutôt bon enfant, un feu – sans danger apparent – pour se réchauffer, un peu de musique pour l'ambiance, et de la jonglerie pour le spectacle. Nous nous approchons, entamons des discussions avec eux. Ils nous demandent de les rejoindre « Pas de violences. Venez, on discute, on veut se faire entendre, rejoignez-nous ». Bientôt, les pompiers arrivent pour éteindre le feu. On perçoit un manque de dialogue mais pour autant la situation reste sereine.

Les CRS s'organisent un peu à l'écart et ensuite repoussent les manifestants avec force, n'hésitant pas à faire usage de leurs matraques. Or, nous n'avons pas perçu d'éléments justifiant l'usage de ces dernières. Très vite, la situation s'accélère. Les coups de matraques assénés aux jeunes, sans signe de tentative préalable de dialogue, n'ont d'autre effet que d'embraser les comportements des jeunes face à cette situation perçue comme injuste.

Quelques cannettes de bière volent sur les casques et les boucliers, des barrières sont utilisées par les jeunes pour repousser la charge des Forces de l'ordre. C'est le prétexte pour faire usage des armes que les CRS pointent sur la foule des passants et des jeunes en présence ce soir là. La participation des agents de la Brigade Anti-Criminalité au conflit et les balles en caoutchouc projetées par des flash-ball se rajoutent au chaos, à l'irréel, à l'incompréhensible violence de la situation.

L'utilisation par les Forces de Police de lanceurs de balle de défense (LBD) étant soumise à une doctrine d'emploi stricte, nous aurions pu nous attendre à ce que son utilisation par ces mêmes Forces de l'ordre reste dissuasive. Pourtant, ce soir là de nombreux tirs ont retenti, dirigés vers des personnes et les distances de sécurité n'ont, semble-t-il, pas été respectées. Le nombre d'armes en présence était pour le moins inquiétant.

En quelques minutes, la place de l'Hôtel de Ville fut désertée par la foule des passants et des manifestants poussés par les lacrymogènes à se replier autour du Marché de Noël. Les gaz n'ont pas épargné les yeux et les gorges des rennais de tout âge.

L'absence de dialogue ne pouvait qu'induire une montée rapide de la violence. Sans omettre la réponse des manifestants, nous dénonçons cette violence policière et l'utilisation rapide d'armes en tant qu'outil de violence et non de dissuasion. Les agents de la Brigade Anti Criminalité en prenant part à cette violence n'ont-ils pas contribué à l'amplifier ?

Dans ces conditions, nous pouvons nous demander qui a troublé l'ordre public : les manifestants qui allument un feu, diffusent leur message, jouent de la musique ou les Forces de l'ordre qui utilisent des armes et des fumigènes ?


Notre groupe n'a pu diffuser son message. Les tirs et les fumigènes nous ont obligé à reculer puis à partir. Ces évènements nous ont empêché de mener notre action, de nous exprimer sur la place publique.

Nous ne pouvons que déplorer la dégradation des conditions de vie (chômage, exclusion) et la montée de la violence qui rendent impossible tout dialogue social constructif qui permettrait de sortir de ces crises.

En tant que mouvement de jeunes, nous souhaitons aussi redire l'importance à nos yeux du droit d'expression notamment des jeunes, droit qui nous a semblé être remis en cause samedi soir sur la place de Rennes.

Monsieur le Préfet, par cette lettre, nous vous alertons sur cette montée de la violence. Nous avons vécu la situation de samedi soir comme une injustice pour ces jeunes, pour nous et pour l'ensemble des passants. Nous n'avons pas compris pourquoi tant de violence. En tant que représentant de l'État et garant de l'ordre public, vous avez une responsabilité immense. Nous la reconnaissons. Elle vous invite à mesurer toutes situations pour y trouver des réponses adaptées. Pour cela, le dialogue, la communication nous semble être essentiel, être une de vos premières armes. L'expression citoyenne est un des ciments de notre démocratie. Surtout ne l'empêchons pas et créons les conditions favorables pour que cela puisse se faire sans haine et sans violence. La tâche n'est pas simple. Nous avons chacun à y contribuer, du simple citoyen aux plus hauts représentants de l'État.

Nous nous tenons à votre disposition et sommes prêts à venir vous rencontrer si vous le souhaitez pour échanger sur cette situation particulière et peut-être pour vous donner le regard de jeunes citoyens souhaitant pleinement prendre part à la vie de la société.

Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Préfet, l'expression de nos salutations distinguées.

Pour le Conseil d'Administration National du MRJC,
La Présidente,
Audrey Massié

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