Coopération de mouvements chrétiens pour l'éducation, la formation, l'emploi des jeunes cadres agriculteurs en France, afin de relever les défis de société face à la mondialisation, promouvoir un développement durable et la protection de l'environnement, favoriser la transmission d'entreprise et les projets associatifs en milieu rural pour l’agriculture.

le 04 aout 2009

Cité prêt - Si t'es prêt

Du 6 au 17 juillet, 18 adolescents âgés de 11 à 15 ans se sont donnés rendez-vous à la Forêt Belleville, sur la commune de Vidaillat, situé sur les contreforts du plateau de Millevaches, en Creuse. Des citadins vivant à Noisy-le-Grand (93) et à Limoges ont pu découvrir la Creuse et faire connaissance avec de jeunes ruraux.

Cet échange mené conjointement par ATD Quart Monde, le MRJC  Limousin et l’ACE  de Limoges s’inscrit dans un projet plus vaste visant à établir des liens durables entre les habitants de la ville et de la campagne. Une rencontre électrique, parfois explosive, qui a poussé chacun au bout de lui-même dans la remise en cause de ses habitudes et de ses préjugés.

Plus de télé, plus d’ordinateur, 12 jours sous tente et en grand groupe, loin des repères habituels et sans aucune activité de consommation, tout a été fait pour que ce séjour constitue une expérience unique pour ces jeunes.

D’où que l’on vienne, les difficultés n’épargnent personne. Différentes selon le lieu qu’on habite, elles ne s’expriment pas de la même manière. Grand isolement pour certains, très grande promiscuité pour d’autres, les violences s’intériorisent ou s’extériorisent mais ne demandent qu’une chose : être dépassées. Trouver de nouveaux rythmes, chercher tous les jours de nouveaux équilibres, prendre de nouvelles habitudes (faire le marché, aborder autrement les questions d’alimentation, d’environnement…), autant de chantiers ouverts qui ne demandent qu’à être poursuivis…autour de futurs échanges… Pour qu’une telle rencontre ait pu se dérouler au mieux, chacun a dû inventer de nouvelles manières d’être ; seule issue permettant de dépasser les différences et les incompréhensions.

Ensemble, les jeunes ont reconstruit un théâtre de verdure dans la forêt voisine du campement. Pour fêter la fin de ce chantier, ils ont invité les habitants des alentours à venir participer à une soirée scène ouverte qu’ils ont préparée eux-mêmes durant tout le séjour, autant d’occasions de partage des savoirs autour de la danse, de la musique, du chant, du dessin, du graff…

A de nombreuses occasions, les jeunes ont pu partir à la rencontre des personnes qui font vivre la région : éleveurs, chevriers, potiers… Des découvertes riches qui auront permis de rencontrer des gens implantés là depuis des générations mais également d’anciens citadins venus chercher en Creuse de nouvelles manières de vivre, comme cet artisan qui fabrique son pain traditionnellement et qui a choisi de vivre simplement, sans voiture, sans électricité et en récupérant l’eau de pluie.

Des rencontres qui ne laissent pas indifférent et qui permettent à chacun d’élargir son horizon et de se questionner sur la société dans laquelle nous serons amenés à vivre tous ensemble demain, citadins et ruraux.

Témoignages des jeunes juste avant le retour à Noisy-le-Grand :

« Ca a changé ma vision de la campagne. J’imaginais les jeunes de la campagne avec des chapeaux de paille mais maintenant je sais qu’ils sont pareils que nous. J’ai appris des choses, avant j’appelais les tiques les carapaces… J’ai pas trop aimé les veillées mais j’ai aimé les activités : la poterie, visiter les fermes, se baigner dans le lac. J’ai aimé vivre en groupe et dormir sous la tente ou à la pleine lune.

J’aimerais revoir les gens et revenir ici pour un camp. Mais je ne sais pas si j’aimerais vivre ici. Je préfère la ville quand même : les grands parcs… Ca serait trop speed que les gens viennent à Noisy pour les revoir et qu’ils voient où on habite. » Diana (11 ans, Noisy-le-Grand)

« J’ai appris beaucoup de choses : que des gens peuvent vivre sans télé. J’ai appris à faire du pain, des pizzas… et j’ai appris c’est quoi un tique. On peut pas dire… tellement on a appris !

Avant j’imaginais les gens avec des chapeaux de paille, à cultiver la terre. J’imaginais qu’on dormirait sur du blé et courir à travers champs. Le jour où ils vont venir à Noisy, ça va les changer. J’aimerai qu’ils viennent pour leur faire voir où je vis.

J’aimerais revenir pour un autre camp et revoir les gens parce qu’ils sont sympas. Au début, ça se passait pas mal, je leur parlais même pas. Mais je me suis dis qu’il allait y avoir des morts. Ca a changé parce que j’ai commencé à m’incruster et je me suis mise à leur parler. Mais c’est eux aussi qui restaient dans leur coin. J’aimerai habiter ici mais si je ramène ma télé et mon ordinateur. » Eloise (15 ans, Noisy-le-Grand)


« J’avais pas peur de venir mais je voulais rester dormir chez moi. J’ai appris beaucoup de choses : à vivre sans baguettes [mais avec le pain de campagne], à vivre avec les mouches… J’ai appris à faire la cuisine. En fait, j’ai appris plein de choses.

Avant j’imaginais tout le monde en salopette, avec des grosses bottes. Je détesterais vivre ici. On peut y passer des vacances mais pas toute notre vie. La nuit ça fait peur. Quelqu’un m’a traumatisé avec des histoires qui font peur : le dahu, la dame blanche… Je le traumatiserai quand il viendra à Noisy. [Si ils viennent à Noisy], ils vont voir que tout le monde est pépère sur un banc et que personne ne cultive.


Au début ça se passait mal. J’avoue que je leur lâchais des regards, comme je les regardais trop mal dans le bus ! Dès que j’ai vu leur tête, je me suis dis va y avoir des morts. Ca a changé parce que ça devait changer. On a tapé la discut’ parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Si on était resté comme au début, ça aurait été chiant. On a fini le chantier, on peut en être content. C’était bien, le matin, tu te motives au moins. » Awatef (13 ans, Noisy-le-Grand)

« J’ai appris comment faire du fromage. J’ai appris à jouer de la guitare… Je vois pas pourquoi je ne viendrais pas à Noisy… Au début, je les imaginais peureux, on les connaissait pas aussi. La campagne, la ville, ça a dû les changer ! » William (11 ans, Chénerailles (Creuse))

« J’étais plutôt pressé de venir ici. Sur l’emploi du temps y avait des trucs super bien et j’ai pas été déçue. J’étais surtout pressée de visiter. J’ai appris plein de choses mais je m’en rappelle plus. J’imaginais les gens de la campagne gentils et aimables et ils sont polis surtout. J’aimerais quand même un peu vivre ici. Je trouve qu’il y a de belles maisons et en pierre. Ca fait super beau. J’aimerais revenir pour faire d’autres activités et se faire de nouveaux amis et être avec d’autres personnes. J’aimerai bien revoir les gens. Ca serait bien qu’ils voient Noisy. Je leur montrerai ATD Quart Monde, notre cité, notre quartier et les environs. » Cindy (12 ans, Noisy-le-Grand)


Lire aussi

Agenda

Nuage de Tag(s)