le 25 aout 2011
Manifeste sur la mobilité
Nous sommes une génération qui grandit dans un monde de plus en plus mobile. Nous faisons partie d'une société dont le rapport au temps s'accélère jusqu'à la perte de repères et l'instauration d'une instabilité généralisée. Une société qui est traversée par de nombreuses crises : sociale, politique, économique, écologique, culturelle...
Nous sommes une génération qui grandit dans un monde d'inégalités dans l'accès à l'emploi, aux loisirs, aux moyens de transports. Dans un monde qui voit s’accroître des inégalités de revenus entre les gens mais aussi entre les territoires. Cela remet en cause le principe d'égalité, principe fondateur de notre contrat social.
Choisir la mobilité c'est comme tirer le fil d'une pelote de laine. On prend les choses par un bout et l'on découvre une question complexe, infiniment liée à de nombreuses autres problématiques qui traversent et qui secouent notre temps. Non, la mobilité n'est pas qu'une question de déplacement, elle est le reflet d'une société entière. Elle est le fruit d'une évolution, elle est une composante de nos modes de vie. La tâche immense pour agir en conscience et proposer des changements qui en valent la peine.
C'est un sujet tellement présent qu'on ne le voit plus. La vitesse et l'information immédiate font partie de notre quotidien. L'adrénaline que cela provoque nous a fait oublier tous les mauvais côtés de cette immédiateté. La mobilité est de ce fait un enjeu incontournable du début du 21ème siècle.
Face à tout cela, le pire serait de ne rien faire de peur de faire trop peu. C'est pourquoi nous souhaitons partager nos réflexions et propositions en évitant le simplisme et les solutions à court terme pour répondre à ce sujet complexe.
Un nouveau modèle énergétique est à construire. Dans les prochaines décennies nous devrons enclencher et participer à un double mouvement : réduire nos besoins énergétiques et développer des énergies diversifiées. Pour cela deux mythes sont à déconstruire : le premier consiste à croire que nous pouvons consommer toujours plus d'énergie sans nuire à la planète, le second donne l'illusion qu'il pourrait exister une seule solution énergétique qui pourrait se substituer au pétrole.
Une réduction des besoins en énergie est nécessaire. Il s'agit d'abord d'une question de bon sens. Ne faire reposer nos espoirs que sur la technologie est irresponsable. Nos modes de vie ont abouti à de nombreux gaspillages qu'il s'agit désormais de résorber. Combien de déplacements pourraient être évités par du co-voiturage, par des systèmes économiques locaux ? La sobriété fera partie du changement.
Nous croyons que la diversification énergétique sera une solution. Le substitut du pétrole n'existe pas et nos efforts scientifiques ou économiques ne doivent pas chercher à le trouver. La solution qui consiste à dire « ne changeons rien sauf d'énergie ! » n'est pas une logique soutenable. Toute recherche de nouvelles énergies ne nous paraît pas juste et constructive quand elle est menée pour construire un modèle de masse. Qu'elle soit éolienne, solaire ou marine, l'énergie renouvelable nous paraît incontournable et nécessaire. Aussi, nous refusons toute utilisation de terres arables pour produire des énergies telles que les agrocarburants. Ces terres doivent être exclusivement à destination de production de nourriture.
Nous voulons rendre les territoires ruraux accueillants. Nous refusons l'image de territoires ruraux enclavés dont il serait difficile de partir. Nous souhaitons lutter contre ce constat, contre ce préjugé. Nous voulons vivre en milieu rural. Vivre ici, c'est à la fois permettre l'accueil de nouveaux arrivants et le départ d'autres.
L'accueil de nouvelles populations ne va pas de soi. Il doit favoriser les relations entre les personnes, entre la ville et la campagne. Il doit promouvoir le bonheur et la sympathie. Les collectivités locales ont un rôle important à jouer. Les services publiques, l'école, les commerces, l'agriculture et l'artisanat sont des moteurs de ce changement.
Relocaliser vers une économie de proximité. Sans nier les enjeux à permettre des échanges mondiaux, il s'agit de repenser l'activité humaine à des échelles variables et plus locales. L'agriculture, les services, l'industrie, l'énergie doivent être relocalisés. Enclencher ce mouvement c'est aussi se réapproprier l'économie. En ces temps de crises financières, une économie démocratique, éthique et locale est à construire.
Le principe d'égalité dans les politiques d'aménagement du territoire doit être réaffirmé. En effet, elles privilégient trop souvent la vitesse et la rentabilité plutôt que l’accessibilité et les services publics. Nous souhaitons nous inscrire en faux par rapport à cette logique, car en milieu rural plus qu'ailleurs, l'accès à l'emploi, aux loisirs, aux études est conditionné par la qualité de l'offre de transports collectifs ou individuels. On ne peut pas passer à côté de cette question pour répondre aux problématiques quotidiennes des jeunes sur les territoires ruraux. La redéfinition de l'offre de transports ne pourra se faire sans changer notre rapport au temps, sans adapter nos rythmes de vie et nos exigences à de nouvelles pratiques.
Des solutions solidaires et collectives sont à imaginer ! L'offre de transports devra imaginer de nouvelles solutions pour répondre collectivement et solidairement aux besoins des personnes. Il faut pouvoir trouver des moyens adaptés aux besoins, souples, solidaires et écologiques ! Quelques exemples : des minibus mis à disposition des habitants pour faciliter et organiser un transport collectif communal vers les pôles d'activités ; des initiatives autour de l'auto partage à tester et à améliorer.
Nous souhaitons promouvoir et développer le vélo, à travers la création de pistes cyclables, l'amélioration de la signalétique pour ce moyen de transport. Pour de nombreux jeunes, il reste une solution à leur mobilité et à leur santé ! Pourquoi ne pas offrir un vélo à l'entrée ou à la sortie du collège pour tous les élèves comme certaines collectivités le font avec des ordinateurs ?
Le permis de conduire reste un sésame pour l'autonomie des jeunes en milieu rural. Nous devons donc améliorer son accessibilité par une série de mesures très concrètes : une augmentation du nombre d'inspecteurs pour éviter l'engorgement à l'examen, l'instauration d'un prix variable en fonction du quotient familial pour réduire les inégalités, l'introduction du code de la route au sein du système scolaire dans les lycées. Le permis de conduire doit aussi permettre de connaître les autres formes d'utilisation collectives de la voiture : l'auto-stop ou le covoiturage par exemple.
Parce qu'elle est complexe, la mobilité est une question qui doit aussi être abordée par l'éducation. Nous aurons beau multiplier les propositions, les dispositifs ou les projets, si nous ne prenons pas la mobilité sous un angle éducatif nous passons à côté de l'essentiel.
L'éducation à la mobilité ne peut se réduire à l'éco-mobilité ou aux déplacements. Il faut qu'elle soulève tous les enjeux posés et qu'elle les traite de façon transversale.
Cette éducation peut prendre diverses formes dans l'éducation formelle et non formelle : des classes découvertes sur ce thème, des propositions où les élèves sont amenés à sortir de leur territoire de vie et à emprunter des modes de déplacements inconnus jusqu'alors. Tout le monde se souvient de son premier séjour à Paris, du premier vol en avion, du premier voyage en train. Vaincre ses peurs pour découvrir le monde, tout en prenant du recul sur les conséquences de ses actes. Voilà tout un programme !
Au sein de l'éducation non formelle, nous souhaitons le développement des propositions de séjours éducatifs et le soutien aux structures organisatrices. Les associations de jeunes et d'éducation populaire ont besoin de moyens pour fonctionner et pour mener leurs actions éducatives.
Demain sera un autre jour parce que les mobilités de nos enfants seront différentes des nôtres. La société sera plus localisée et plus ouverte. Tout l'enjeu consiste à réduire les mobilités néfastes pour les Hommes et la planète tout en développant celles qui sont sources d'épanouissement, de rencontres, de découvertes, de dépassement des préjugés.
Dans ce monde tellement mobile, nous pensons qu'il faut réintroduire de la lenteur et des repères là où règnent la vitesse et l'instabilité. Reconsidérer notre rapport au temps, rompre avec le mouvement d'accélération, ralentir pour vivre mieux.
Nous n'avons pas conscience, en ce début de 21ème siècle, à quel point le monde va changer de façon contrainte ou réfléchie. Nous avons un rôle à jouer dans les prochaines années pour qu'elles soient d’extraordinaires moments de création et d'espérances. La mobilité sera un sujet transversal tant elle est le reflet de notre société occidentale.
Dans ce grand chamboulement notre rapport à la mobilité va forcément bouger !
Préparons-nous, et agissons dès maintenant !
----
Ce texte est issu des trois jours du Festival des Boussoles qui se sont déroulés les 8, 9 et 10 juillet à Argenton sur Creuse.
Nous sommes une génération qui grandit dans un monde d'inégalités dans l'accès à l'emploi, aux loisirs, aux moyens de transports. Dans un monde qui voit s’accroître des inégalités de revenus entre les gens mais aussi entre les territoires. Cela remet en cause le principe d'égalité, principe fondateur de notre contrat social.
Choisir la mobilité c'est comme tirer le fil d'une pelote de laine. On prend les choses par un bout et l'on découvre une question complexe, infiniment liée à de nombreuses autres problématiques qui traversent et qui secouent notre temps. Non, la mobilité n'est pas qu'une question de déplacement, elle est le reflet d'une société entière. Elle est le fruit d'une évolution, elle est une composante de nos modes de vie. La tâche immense pour agir en conscience et proposer des changements qui en valent la peine.
C'est un sujet tellement présent qu'on ne le voit plus. La vitesse et l'information immédiate font partie de notre quotidien. L'adrénaline que cela provoque nous a fait oublier tous les mauvais côtés de cette immédiateté. La mobilité est de ce fait un enjeu incontournable du début du 21ème siècle.
Face à tout cela, le pire serait de ne rien faire de peur de faire trop peu. C'est pourquoi nous souhaitons partager nos réflexions et propositions en évitant le simplisme et les solutions à court terme pour répondre à ce sujet complexe.
Un nouveau modèle énergétique est à construire. Dans les prochaines décennies nous devrons enclencher et participer à un double mouvement : réduire nos besoins énergétiques et développer des énergies diversifiées. Pour cela deux mythes sont à déconstruire : le premier consiste à croire que nous pouvons consommer toujours plus d'énergie sans nuire à la planète, le second donne l'illusion qu'il pourrait exister une seule solution énergétique qui pourrait se substituer au pétrole.
Une réduction des besoins en énergie est nécessaire. Il s'agit d'abord d'une question de bon sens. Ne faire reposer nos espoirs que sur la technologie est irresponsable. Nos modes de vie ont abouti à de nombreux gaspillages qu'il s'agit désormais de résorber. Combien de déplacements pourraient être évités par du co-voiturage, par des systèmes économiques locaux ? La sobriété fera partie du changement.
Nous croyons que la diversification énergétique sera une solution. Le substitut du pétrole n'existe pas et nos efforts scientifiques ou économiques ne doivent pas chercher à le trouver. La solution qui consiste à dire « ne changeons rien sauf d'énergie ! » n'est pas une logique soutenable. Toute recherche de nouvelles énergies ne nous paraît pas juste et constructive quand elle est menée pour construire un modèle de masse. Qu'elle soit éolienne, solaire ou marine, l'énergie renouvelable nous paraît incontournable et nécessaire. Aussi, nous refusons toute utilisation de terres arables pour produire des énergies telles que les agrocarburants. Ces terres doivent être exclusivement à destination de production de nourriture.
Nous voulons rendre les territoires ruraux accueillants. Nous refusons l'image de territoires ruraux enclavés dont il serait difficile de partir. Nous souhaitons lutter contre ce constat, contre ce préjugé. Nous voulons vivre en milieu rural. Vivre ici, c'est à la fois permettre l'accueil de nouveaux arrivants et le départ d'autres.
L'accueil de nouvelles populations ne va pas de soi. Il doit favoriser les relations entre les personnes, entre la ville et la campagne. Il doit promouvoir le bonheur et la sympathie. Les collectivités locales ont un rôle important à jouer. Les services publiques, l'école, les commerces, l'agriculture et l'artisanat sont des moteurs de ce changement.
Relocaliser vers une économie de proximité. Sans nier les enjeux à permettre des échanges mondiaux, il s'agit de repenser l'activité humaine à des échelles variables et plus locales. L'agriculture, les services, l'industrie, l'énergie doivent être relocalisés. Enclencher ce mouvement c'est aussi se réapproprier l'économie. En ces temps de crises financières, une économie démocratique, éthique et locale est à construire.
Le principe d'égalité dans les politiques d'aménagement du territoire doit être réaffirmé. En effet, elles privilégient trop souvent la vitesse et la rentabilité plutôt que l’accessibilité et les services publics. Nous souhaitons nous inscrire en faux par rapport à cette logique, car en milieu rural plus qu'ailleurs, l'accès à l'emploi, aux loisirs, aux études est conditionné par la qualité de l'offre de transports collectifs ou individuels. On ne peut pas passer à côté de cette question pour répondre aux problématiques quotidiennes des jeunes sur les territoires ruraux. La redéfinition de l'offre de transports ne pourra se faire sans changer notre rapport au temps, sans adapter nos rythmes de vie et nos exigences à de nouvelles pratiques.
Des solutions solidaires et collectives sont à imaginer ! L'offre de transports devra imaginer de nouvelles solutions pour répondre collectivement et solidairement aux besoins des personnes. Il faut pouvoir trouver des moyens adaptés aux besoins, souples, solidaires et écologiques ! Quelques exemples : des minibus mis à disposition des habitants pour faciliter et organiser un transport collectif communal vers les pôles d'activités ; des initiatives autour de l'auto partage à tester et à améliorer.
Nous souhaitons promouvoir et développer le vélo, à travers la création de pistes cyclables, l'amélioration de la signalétique pour ce moyen de transport. Pour de nombreux jeunes, il reste une solution à leur mobilité et à leur santé ! Pourquoi ne pas offrir un vélo à l'entrée ou à la sortie du collège pour tous les élèves comme certaines collectivités le font avec des ordinateurs ?
Le permis de conduire reste un sésame pour l'autonomie des jeunes en milieu rural. Nous devons donc améliorer son accessibilité par une série de mesures très concrètes : une augmentation du nombre d'inspecteurs pour éviter l'engorgement à l'examen, l'instauration d'un prix variable en fonction du quotient familial pour réduire les inégalités, l'introduction du code de la route au sein du système scolaire dans les lycées. Le permis de conduire doit aussi permettre de connaître les autres formes d'utilisation collectives de la voiture : l'auto-stop ou le covoiturage par exemple.
Parce qu'elle est complexe, la mobilité est une question qui doit aussi être abordée par l'éducation. Nous aurons beau multiplier les propositions, les dispositifs ou les projets, si nous ne prenons pas la mobilité sous un angle éducatif nous passons à côté de l'essentiel.
L'éducation à la mobilité ne peut se réduire à l'éco-mobilité ou aux déplacements. Il faut qu'elle soulève tous les enjeux posés et qu'elle les traite de façon transversale.
Cette éducation peut prendre diverses formes dans l'éducation formelle et non formelle : des classes découvertes sur ce thème, des propositions où les élèves sont amenés à sortir de leur territoire de vie et à emprunter des modes de déplacements inconnus jusqu'alors. Tout le monde se souvient de son premier séjour à Paris, du premier vol en avion, du premier voyage en train. Vaincre ses peurs pour découvrir le monde, tout en prenant du recul sur les conséquences de ses actes. Voilà tout un programme !
Au sein de l'éducation non formelle, nous souhaitons le développement des propositions de séjours éducatifs et le soutien aux structures organisatrices. Les associations de jeunes et d'éducation populaire ont besoin de moyens pour fonctionner et pour mener leurs actions éducatives.
Demain sera un autre jour parce que les mobilités de nos enfants seront différentes des nôtres. La société sera plus localisée et plus ouverte. Tout l'enjeu consiste à réduire les mobilités néfastes pour les Hommes et la planète tout en développant celles qui sont sources d'épanouissement, de rencontres, de découvertes, de dépassement des préjugés.
Dans ce monde tellement mobile, nous pensons qu'il faut réintroduire de la lenteur et des repères là où règnent la vitesse et l'instabilité. Reconsidérer notre rapport au temps, rompre avec le mouvement d'accélération, ralentir pour vivre mieux.
Nous n'avons pas conscience, en ce début de 21ème siècle, à quel point le monde va changer de façon contrainte ou réfléchie. Nous avons un rôle à jouer dans les prochaines années pour qu'elles soient d’extraordinaires moments de création et d'espérances. La mobilité sera un sujet transversal tant elle est le reflet de notre société occidentale.
Dans ce grand chamboulement notre rapport à la mobilité va forcément bouger !
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Ce texte est issu des trois jours du Festival des Boussoles qui se sont déroulés les 8, 9 et 10 juillet à Argenton sur Creuse.
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