« l’Evangile c’est de la dynamite et on en a fait de la tisane » : le Synode sur les Jeunes veut faire bouger l’Église 

 

Par Adrien Louandre, présent à Rome lors du Synode sur les jeunes, leur foi et le discernement vocationnel.
Durant tout le mois d’octobre 2018, 300 évêques du monde entier se sont réunis à Rome avec 34 jeunes et plusieurs auditeurs et auditrices pour débattre des jeunes, de leur foi et du discernement vocationnel. Le fruit de ce travail donnera lieu à une encyclique (un texte papal) qui devrait être publié courant 2018. 1

“Ne tournez pas le dos à Jésus à cause de nos échecs”

Évidemment, ce n’est pas en un synode que tous les problèmes de l’Eglise seront résolus. Mais de multiples signes sont porteurs d’espoir 2. En effet, plusieurs interventions furent marquantes, comme celle de l’archevêque de Sydney, Anthony Fisher, qui a demandé pardon aux jeunes pour les crimes de pédophilie. Il demande aussi pardon « pour toutes les fois où vous recherchiez votre identité sexuelle, ethnique ou spirituelle et que vous aviez besoin d’une boussole morale, mais que vous avez trouvé les membres de l’Église antipathiques ou ambigus […] ne tournez pas le dos à Jésus à cause de nos échecs ».3 Ce synode a voulu parler d’amour aux jeunes. D’amour d’eux-mêmes, d’amour des autres ; de relation à Dieu. Mgr Macaire disait vouloir se battre pour que « l’Eglise se batte uniquement pour la civilisation de l’amour […] pour que les jeunes n’aient plus honte de l’Eglise ». D’amour de la vie en général aussi, car pour l’Eglise, chaque jeune à « sa » propre vocation, son espace où il peut aimer, être aimer, grandir, créer… Elle se pose ici à contre-courant du matérialisme : elle veut faire aspirer à autre chose que les leurres de la société de consommation.

Sur tous ces sujets – et bien d’autres – les évêques soulignent qu’il est nécessaire de sortir du moralisme

Concrètement, les évêques se sont en quelque sorte appuyés sur le « voir-juger-agir » en commençant par établir un état de la jeunesse du monde et de la jeunesse catholique dans sa diversité de réalités : comment aider au mieux les migrants et les jeunes des pays du sud et se battre pour la paix ? Comment revaloriser la place des femmes dans l’Eglise ? Comment appliquer au mieux l’encyclique Laudate Si et ainsi remettre le faible au centre ? Comment accompagner spirituellement au mieux chaque jeune ? Comment investir le monde numérique ? De la culture ? Du sport ? De la musique ? Et enfin et presque surtout, comment accompagner les jeunes sur le chemin de la sainteté 4 ? Sur tous ces sujets – et bien d’autres – les évêques soulignent qu’il est nécessaire de sortir du moralisme. Toutes ces questions permettent entre autres à l’Eglise d’évoquer la question de la place des femmes dans l’Eglise (où l’on voit une notable avancée car on cherche à mieux leur laisser l’espace pour s’exprimer et leur confier plus de responsabilités) ainsi que la question de l’urgence écologique. Résolument ouvert sur le monde, ce synode cherche à donner des axes de réflexions qui permettront ensuite aux acteurs locaux de mieux agir auprès des jeunes en général.

Si l’Eglise essaye de répondre à la soif d’absolu de l’Homme, elle est aussi faite de ces mêmes Hommes. Si elle devait être parfaite je n’y serais pas et n’aurais aucune chance d’y entrer.

A titre personnel, durant tout ce parcours sur le synode des jeunes depuis un an, j’ai appris à aimer l’Eglise de l’intérieur. Soyons clairs : j’y ai vu bien des défauts. Mais si l’Eglise essaye de répondre à la soif d’absolu de l’Homme, elle est aussi faite de ces mêmes Hommes. Si elle devait être parfaite je n’y serais pas et n’aurait aucune chance d’y entrer. Au pré-synode nous avons soulevé que pour nous, un bon pasteur est d’abord un « pêcheur pardonné » qui comme Jésus, ne juge pas, parle d’amour et nous tend la main pour avancer sur notre propre chemin. Nous avons pu faire unité dans plusieurs temps comme ici, avec des jeunes de toutes tendances et horizons (de tous les scoutismes à l’action catholique en passant par les communautés de l’Emmanuel, de l’Arche, par des athées, des agnostiques, des acteurs de la société civile etc.). L’Eglise a su créer ici des espaces de débats et de rencontres : cette dynamique ne demande qu’à se perpétuer. Toutefois pour que ce synode réussisse, pour que l’Evangile puisse avoir un impact plus concret dans le quotidien des jeunes, pour qu’il puisse leur redonner l’espérance, il faut que tous nous nous saisissions ensemble de ce texte car il sera très probablement une arme contre la résignation et contre l’argent roi.

“A nous de redécouvrir cette joie des premiers chrétiens qui fit trembler les puissants”

Au XIXe siècle, le romancier français Léon Bloy écrivait « l’Evangile c’est de la dynamite et on en a fait de la tisane ». Le synode a voulu parler d’amour. Alors, à nous jeunes du MRJC, d’oser redécouvrir (ne serait-ce que par curiosité !) la philosophie du Christ qui, j’en suis convaincu, peut parler à chacun et nourrir la spiritualité de tous. A nous de redécouvrir cette joie des premiers chrétiens qui fit trembler les puissants5. Je peux humblement en témoigner : la spiritualité du Christ et les Evangiles sont d’une richesse inestimable qui permet une meilleure action concrète. Alors pourquoi ne pas redécouvrir ce Dieu qui, malgré les faiblesses et les peurs de chacun, aime chaque être d’un amour fou ?
Adrien Louandre, MRJC Picardie.
Notes
1. Lors du dernier week-end de ce mois d’octobre, une petite délégation d’une dizaine de Français pu partir à Rome pour retrouver les 4 évêques français envoyés à ce synode : Mgr Macaire, archevêque de Martinique, Mgr Gobillard, évêque auxiliaire de Lyon, Mgr Lacombe, évêque auxiliaire de Bordeaux et Mgr Percerou, évêque de Moulins. Cette délégation, assez représentative des catholiques français, a aussi pu animer et participer à une veillée à l’église St Louis des Français, où 200 jeunes étaient réunis. Ce fut l’occasion de questionner les évêques sur leurs vécus lors de ce synode et sur ce qui devrait en sortir.
2. Pour retrouver une synthèse du document issu du synode : https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2018-10/synode-jeunes-2018-synthese-document-final.html?fbclid=IwAR2E8qFLZLpGYD4zEvTURHwOKWG3SmmgjCKcYYYnbnz9MBNizIC0JY5cDGs
3. L’article est à retrouver en intégralité ici : http://www.lavie.fr/religion/catholicisme/jeunes-je-vous-demande-pardon-le-cri-de-l-archeveque-de-sydney-05-10-2018-93399_16.php
4. La Sainteté est justement comprise comme étant un chemin atteignable par tous car chacun peut trouver qui il est. Les saints ne sont pas des gens parfaits mais plutôt ceux qui tentent chaque jour d’être meilleurs.
5. Pour François Ruffin « le Christ est un mythe fondateur, c’est celui qui chasse les marchands du Temple ». Dans notre ouvrage : RUFFIN François, Mgr LEBORGNE, « paix intérieure et paix sociale, dialogue entre un député et un évêque sur la spiritualité et la politique », Paris, Temps-Présent/MRJC, 2018, 56 p.